Alcool et vision : ce que les études montrent, et ce sur quoi elles se contredisent

Sur l’alcool et les yeux, la littérature est abondante et elle se contredit. Des cohortes de plusieurs centaines de milliers de personnes comptent moins d’opérations de la cataracte chez les buveurs ; des travaux de même ampleur menés ailleurs en comptent davantage. Sur la DMLA, l’association apparaît pour les formes précoces et s’évanouit pour les formes avancées. Ce désordre n’est pas un accident : il dit quelque chose de précis sur ce qu’une étude d’observation peut établir. Voici ce qui est solide, ce qui ne l’est pas, et la seule situation où l’alcool menace vraiment le nerf optique.

COMPRENDRE

L’alcool abîme-t-il les yeux ?

Il faut séparer deux questions qui n’ont ni la même réponse ni le même niveau de preuve. La première : que fait l’alcool à la vision dans l’heure qui suit ? Elle se teste en laboratoire, sur les mêmes personnes avant et après, avec un alcootest pour mesurer l’exposition ; les résultats sont reproductibles. La seconde : boire pendant trente ans change-t-il le risque de cataracte, de DMLA ou de glaucome ? Elle ne se teste que par observation.

Une revue générale des atteintes oculaires liées à l’alcool distingue quatre situations sans grand rapport entre elles : l’intoxication aiguë, dont le signe principal est une anomalie des mouvements oculaires ; l’intoxication par le méthanol, qui détruit le nerf optique ; l’exposition prénatale ; et les associations décrites chez les consommateurs chroniques. Les ranger sous un même titre donne une impression de continuité qui n’existe pas.

Une précision d’unité, parce qu’elle conditionne la lecture de tous les chiffres qui suivent. Dans la littérature épidémiologique, un verre standard vaut environ 10 g d’alcool pur, et le seuil de consommation dite élevée est souvent fixé au-delà de deux verres par jour. Ce qu’une étude appelle « modéré », une autre l’appelle « élevé » : comparer des conclusions sans regarder les définitions est le premier moyen de se tromper.

Pourquoi deux études sérieuses arrivent-elles à des conclusions opposées ?

Parce qu’aucune d’elles ne peut isoler l’alcool du reste de la vie de ceux qui en boivent. Une étude d’observation compare des gens qui boivent à des gens qui ne boivent pas, et ces deux groupes diffèrent par bien plus que l’alcool : le tabac, l’alimentation, le revenu, l’activité physique. Chaque ajustement statistique corrige une partie de cet écart et en laisse une autre.

Le tabac est le confondeur principal, et sa part est démontrable. Dans la méta-analyse de 2015 sur alcool et cataracte, l’ajustement sur le tabagisme atténue l’association. Dans une étude comparant 200 yeux de patients dépendants à 200 yeux témoins, l’amincissement des fibres nerveuses rétiniennes suivait le score de dépendance à la nicotine, mais pas le score de consommation d’alcool. Ce que l’on attribue à l’alcool appartient souvent au tabac.

Le groupe de comparaison pose un problème distinct. Les non-buveurs ne forment pas une population homogène : certains n’ont jamais bu, d’autres ont arrêté, parfois pour une raison de santé qui pèse aussi sur les yeux. Les auteurs de la plus grande cohorte britannique le disent en conclusion : ils ne peuvent écarter un facteur de confusion résiduel et se refusent à qualifier leur association de causale.

D’où l’intérêt d’une méthode qui contourne le mode de vie : la randomisation mendélienne. Elle repose sur des variants génétiques qui influencent la consommation, et le tirage au sort des gènes à la conception ne dépend ni du revenu ni du tabac. Appliquée à la cataracte à partir de deux grandes bases génétiques, elle ne retrouve aucun effet de l’alcool.

Dernière limite, la plus banale : la consommation est déclarée par les participants, souvent au moyen d’un questionnaire alimentaire rempli une seule fois, des années avant la maladie. Une revue de 2025 consacrée au mode de vie dans le glaucome en fait son principal reproche à la littérature du domaine. Retenir cela évite de lire un rapport de risque comme une prédiction.

AU VOLANT

Après deux verres, qu’est-ce qui se dégrade exactement ?

Deux choses mesurables : la sensibilité aux contrastes et la diffusion de la lumière à l’intérieur de l’œil. Une équipe de Grenade a fait passer à 40 volontaires une séance de référence puis deux séances après consommation de 300 ml puis 450 ml de vin rouge, avec mesure de l’alcool dans l’air expiré. Les deux paramètres se dégradaient, la conduite sur simulateur aussi, surtout à la dose la plus forte.

La sensibilité aux contrastes n’est pas l’acuité visuelle. On peut lire dix dixièmes sur un panneau noir sur blanc et distinguer mal un piéton en manteau gris sous la pluie : c’est cette seconde performance qui chute. Un travail utilisant une méthode rapide de mesure retrouve la baisse dès trente minutes après une dose modérée. La vision du relief est elle aussi atteinte à alcoolémie modérée.

Un résultat mérite d’être connu parce qu’il contredit l’intuition. Chez 31 conducteurs testés à deux doses, ceux qui recevaient la dose la plus faible dépassaient davantage les limitations de vitesse que ceux qui recevaient la plus forte : à faible dose, le conducteur ne perçoit pas encore son atteinte et ne compense pas. Une autre équipe retrouve la même dissociation, la fonction visuelle étant altérée dès la dose basse.

Une nuance méthodologique, enfin. Une étude a mesuré la sensibilité aux contrastes chez les mêmes observateurs par psychophysique classique et par théorie de la détection du signal : la première montrait une élévation du seuil, la seconde aucune perte de sensibilité mais un critère de décision devenu plus prudent. Une part de ce que l’on mesure comme une atteinte sensorielle est une modification du jugement.

Le retentissement ne se limite pas aux situations d’ivresse. Chez de jeunes adultes consommant de l’alcool chaque semaine et examinés hors de toute prise récente, la discrimination des couleurs était altérée à deux tests distincts, alors que la sensibilité aux contrastes restait normale : des pertes infracliniques, que le sujet ne remarque pas.

SURFACE

Est-ce que l’alcool assèche les yeux ?

Une méta-analyse des facteurs associés à la sécheresse oculaire retrouve un odds ratio de 1,18 pour la consommation d’alcool, soit le même ordre de grandeur que pour le tabac. Le rapport TFOS consacré au mode de vie et à la surface oculaire range l’alcool parmi les facteurs associés à une instabilité du film lacrymal. Jusque-là, le tableau est cohérent.

La plus grande étude disponible le complique aussitôt. Sur 77 145 participants d’une cohorte néerlandaise, la consommation d’alcool augmentait le risque de sécheresse symptomatique chez les femmes, avec un odds ratio de 1,095, mais pas chez les hommes ; et chez les hommes buveurs, chaque tranche supplémentaire de 10 g par jour était même très légèrement protectrice. Les auteurs invitent explicitement à interpréter ce dernier résultat avec prudence.

Cette divergence entre hommes et femmes se retrouve ailleurs dans ce dossier, sur la pression intraoculaire comme sur le glaucome. Elle rappelle qu’un résultat moyen calculé sur une population mixte peut ne décrire personne. En pratique, une sécheresse oculaire se traite pour ce qu’elle est ; l’alcool n’en est pas la cause principale.

PRESSION

L’alcool fait-il monter la pression de l’œil ?

Modestement, et c’est mesuré. Dans une étude canadienne portant sur 30 097 adultes de 45 à 85 ans, les buveurs quotidiens avaient une pression intraoculaire plus élevée que les personnes n’ayant jamais bu, avec un écart de 0,45 mmHg ; chaque tranche de cinq verres par semaine ajoutait 0,20 mmHg. L’effet était plus marqué chez ceux dont le score de risque génétique de glaucome était élevé.

Le même travail, sur 1 525 cas déclarés, ne retrouve aucune association entre la consommation d’alcool et le glaucome lui-même. C’est le point à tenir : une pression un peu plus haute n’est pas une maladie. Un écart de 0,45 mmHg reste très inférieur au seuil qui fait modifier un traitement, et aux variations spontanées d’une même personne au cours d’une journée.

Ailleurs, les résultats divergent encore. Une étude cas-témoins japonaise portant sur 3 207 patients glaucomateux et autant de témoins appariés retrouve un odds ratio de 1,40 pour une consommation quasi quotidienne, mais uniquement chez les hommes : chez les femmes, ni la fréquence, ni la quantité, ni la consommation cumulée sur la vie n’étaient associées à la maladie.

Une revue allemande consacrée aux produits de consommation courante affirme même l’inverse de l’intuition : de petites quantités d’alcool abaisseraient une pression intraoculaire élevée, sans que la prévalence du glaucome en soit modifiée. Conclure de tout ceci qu’il faudrait boire pour sa pression oculaire serait absurde. En conclure que l’alcool est un facteur de glaucome établi le serait tout autant.

CRISTALLIN

L’alcool donne-t-il la cataracte ?

C’est la question sur laquelle le désaccord est le plus net. Deux méta-analyses parues à un an d’intervalle ne disent pas la même chose. L’une, sur dix études, trouve un risque relatif de 1,26 au-delà de 20 g d’alcool par jour. L’autre, restreinte à sept cohortes prospectives et 119 706 participants, conclut à l’absence d’excès de risque, quel que soit le type de cataracte.

Les grandes cohortes ne tranchent pas davantage. Dans la UK Biobank et dans la cohorte EPIC-Norfolk, réunissant 469 387 et 23 162 participants, les buveurs étaient moins souvent opérés de la cataracte que les non-buveurs, avec des rapports de risque ajustés de 0,89 et 0,90. Les auteurs écrivent eux-mêmes que la nature causale de ce lien reste à déterminer.

À l’opposé, une étude japonaise comparant 14 861 patients opérés de la cataracte à 14 861 témoins appariés décrit une relation dose-effet positive, avec un odds ratio de 1,30 pour une consommation de quatre à sept jours par semaine. Dans une cohorte chinoise de plus de 512 000 adultes, la cataracte figure parmi les maladies associées à la consommation chez les hommes, avec un rapport de risque de 1,21 par tranche de 280 g par semaine.

Comment sortir de là ? Par des méthodes qui ne dépendent pas des habitudes déclarées. Une randomisation mendélienne à deux échantillons, conduite sur deux bases totalisant près de 60 000 cas de cataracte, ne retrouve aucun effet de la consommation d’alcool génétiquement déterminée, ni du tabac ni du diabète de type 2. Et une analyse de la UK Biobank sur 199 415 participants indemnes ne retient, parmi cinq facteurs de mode de vie, que le tabac et la sédentarité.

L’état de la question est donc celui-ci : une consommation importante et prolongée est associée à un excès de cataractes dans plusieurs populations, l’association est faible, elle n’est pas retrouvée partout, et les approches génétiques ne la confirment pas. Un dernier travail montre à quel point la manière de poser la question commande la réponse : en comparant non pas les quantités mais les moments, il décrit un effet favorable du fait de boire au cours du repas.

MACULA

Et pour la DMLA ?

L’association existe pour les formes précoces et disparaît pour les formes avancées, ce qui est en soi une information. Une méta-analyse dose-réponse portant sur sept études, 4 566 cas de DMLA précoce et 440 cas de forme avancée, retrouve pour la forme précoce un effet significatif d’une consommation modérée, à 1,19, et élevée, à 1,24, mais rien pour la forme avancée.

Une méta-analyse indépendante, consacrée aux groupes d’aliments et portant sur 211 676 personnes et 7 154 cas, trouve un risque relatif de 1,20 pour la consommation d’alcool la plus élevée. Deux méthodes différentes, un ordre de grandeur voisin : c’est le résultat le plus cohérent de tout ce dossier, et il porte sur le stade où la vision n’est pas encore menacée.

Encore faut-il le mettre à l’échelle. Une synthèse récente des facteurs de risque de DMLA retient l’âge, le sexe masculin, le tabac, l’hypertension et le diabète, le tabac y pesant un odds ratio de 1,86. Un facteur situé autour de 1,2, limité aux formes précoces et sans effet démontré sur celles qui font perdre la vision centrale, n’appartient pas à la même catégorie.

Je suis diabétique : l’alcool aggrave-t-il ma rétine ?

Les données disponibles ne le montrent pas. Une méta-analyse de quinze études réunissant 37 290 participants et 12 711 cas de rétinopathie diabétique retrouve un odds ratio global de 0,91, non significatif, et ce résultat reste stable qu’il s’agisse de cohortes, d’études cas-témoins ou d’enquêtes transversales.

Les auteurs ajoutent la réserve qui compte : l’effet pourrait différer selon le type de diabète et selon les facteurs pris en compte dans l’ajustement, et il n’existe pas de donnée solide sur la dose ni sur le type de boisson. Une absence de preuve n’est pas une preuve d’absence. Chez un patient diabétique, ce qui pilote l’évolution de la rétine reste l’équilibre glycémique, la tension artérielle et l’ancienneté du diabète.

NERF OPTIQUE

Ma vision baisse lentement des deux yeux et les couleurs sont ternes : à quoi penser ?

À une neuropathie optique toxique et nutritionnelle, si le contexte s’y prête. C’est le seul chapitre de ce dossier où l’alcool cesse d’être un facteur de risque discutable pour devenir un élément du diagnostic. Elle est rare, elle est grave, et son pronostic dépend presque entièrement du délai de prise en charge.

Le tableau est stéréotypé. La baisse de vision est bilatérale, symétrique, indolore, et elle progresse sur des mois plutôt que sur des jours. La vision des couleurs se dégrade tôt, souvent plus que l’acuité. Le champ visuel montre un scotome central ou cæco-central, sans déficit pupillaire afférent relatif puisque les deux nerfs sont touchés de la même façon. Et au début, le fond d’œil est normal : c’est le piège du diagnostic.

Le mécanisme n’est pas une toxicité directe de l’éthanol sur le nerf. Une consommation chronique importante s’accompagne d’apports insuffisants et d’une absorption altérée des vitamines du groupe B, en particulier la vitamine B12 et les folates. Les axones du faisceau papillo-maculaire, très demandeurs en énergie, cèdent les premiers. Le tabac aggrave doublement le tableau : il dégrade l’état nutritionnel et il apporte du cyanure, toxique pour le nerf optique.

Le traitement consiste à identifier et corriger les carences, et à supprimer les toxiques en cause. Pris tôt, le résultat peut être excellent : un homme de 34 ans ayant présenté une baisse bilatérale brutale a récupéré complètement son acuité après un traitement institué d’emblée. Chez un homme de 40 ans, gros fumeur et gros consommateur, carencé en vitamine B12 et en folates, la récupération est restée limitée. Une revue le formule sans détour : cette neuropathie est souvent reconnue trop tard.

L’imagerie objective cette perte. Chez des patients suivis pour dépendance à l’alcool et au tabac, la couche des fibres nerveuses rétiniennes est plus fine que chez des témoins appariés, surtout dans les secteurs temporaux, ceux qu’emprunte le faisceau papillo-maculaire. Un cas suivi pendant un an montre l’autre versant : après l’arrêt des vitamines et la reprise des toxiques, l’acuité a continué de baisser.

Que faire de tout cela, concrètement ?

Trois choses, et aucune n’est un sermon. La première concerne la conduite, et c’est la seule où les données sont assez solides pour être opposées à quelqu’un : après avoir bu, la perception des contrastes et la gestion de l’éblouissement se dégradent avant que la personne ne s’en aperçoive, et l’écart est maximal aux doses faibles, celles que l’on juge sans conséquence.

La deuxième concerne l’examen ophtalmologique. Déclarer sa consommation ne sert pas à être jugé, cela sert au raisonnement : devant une baisse de vision bilatérale inexpliquée, l’information oriente vers un bilan vitaminique plutôt que vers une série d’examens sans rendement.

La troisième est une invitation à la prudence dans les deux sens. Personne ne devrait se mettre à boire du vin pour ses yeux au motif qu’une cohorte britannique a compté moins de chirurgies de cataracte chez les buveurs. Personne ne devrait non plus s’entendre dire que son verre quotidien lui coûtera la vue. Aucun de ces deux discours n’est soutenu par ce que l’on sait.

Questions fréquentes

Un verre de vin par jour est-il mauvais pour mes yeux ?

Les données ne permettent pas de trancher, et c’est la réponse honnête. Selon les travaux, une consommation modérée est associée à moins de chirurgies de la cataracte, à autant, ou à davantage. Sur la DMLA précoce, l’association défavorable est plus constante mais reste faible. Les analyses génétiques, qui échappent aux biais de mode de vie, ne retrouvent pas d’effet causal sur la cataracte.

Combien de temps ma vision reste-t-elle affectée après avoir bu ?

Les études de laboratoire mesurent une baisse de la sensibilité aux contrastes dès trente minutes après une dose modérée, les paramètres revenant vers la normale à mesure que l’alcool est éliminé. Le point important n’est pas la durée mais le décalage : la performance visuelle est déjà dégradée à des doses où le conducteur se sent parfaitement capable, et c’est à ces doses qu’il compense le moins.

L’alcool peut-il faire perdre la vue ?

Oui, dans deux situations précises et rares. Le méthanol, présent dans certains alcools frelatés, provoque une atteinte du nerf optique souvent définitive. Et la neuropathie optique toxique et nutritionnelle, liée à une consommation chronique importante associée au tabac et à des carences en vitamine B12 et en folates, entraîne une baisse bilatérale progressive qui peut récupérer si elle est traitée tôt. En dehors de ces contextes, aucune donnée ne décrit de perte visuelle imputable à une consommation courante.

J’ai un glaucome. Dois-je arrêter l’alcool ?

Rien dans la littérature ne l’impose. Les buveurs quotidiens ont une pression intraoculaire un peu plus élevée, de l’ordre de 0,45 mmHg dans une étude canadienne portant sur plus de 30 000 personnes, mais cette même étude ne retrouve aucun excès de glaucome, et un tel écart reste inférieur aux variations spontanées d’une journée. La question mérite d’être posée à votre ophtalmologue si votre pression est difficile à équilibrer.

Ma vision est floue et les couleurs paraissent ternes. Est-ce l’alcool ?

C’est un motif de consultation, pas d’autodiagnostic. Une baisse de vision des deux yeux, symétrique, indolore, installée sur des semaines ou des mois, avec des couleurs affadies, chez une personne qui consomme beaucoup d’alcool et de tabac, doit faire rechercher une neuropathie optique toxique et nutritionnelle. Le bilan comporte un champ visuel, une mesure des fibres nerveuses par OCT et un dosage de la vitamine B12 et des folates.

Si j’arrête de boire, mes yeux vont-ils s’améliorer ?

Cela dépend entièrement de ce dont il s’agit. Dans la neuropathie optique toxique et nutritionnelle, la correction des carences et l’arrêt des toxiques peuvent restaurer la vision lorsque la prise en charge est précoce, et un cas suivi un an montre l’aggravation qui suit une reprise de la consommation. Pour la cataracte ou la DMLA, aucun travail ne permet de dire qu’un arrêt modifie une évolution déjà engagée.

Le tabac est-il plus nocif que l’alcool pour les yeux ?

Sur presque tous les chapitres, oui, et l’écart est net. Le tabac est retenu comme facteur de risque de DMLA avec un odds ratio de 1,86 dans une méta-analyse récente, alors que l’alcool se situe autour de 1,2 et uniquement sur les formes précoces. Sur la cataracte, une analyse de la UK Biobank testant cinq facteurs de mode de vie ne retient que le tabac et la sédentarité.

Cabinet de Cachan · Tél. 01 45 47 08 11

Sources scientifiques

  • Karimi S, Arabi A, Shahraki T. Alcohol and the eye. J Ophthalmic Vis Res. 2021;16(2):260-270. PMID 34055263
  • Casares-López M, Castro-Torres JJ, Martino F, et al. Contrast sensitivity and retinal straylight after alcohol consumption: effects on driving performance. Sci Rep. 2020;10(1):13599. PMID 32788613
  • Ortiz-Peregrina S, Casares-López M, Ortiz C, et al. Comparison of the effects of alcohol and cannabis on visual function and driving performance. Drug Alcohol Depend. 2022;237:109538. PMID 35717788
  • Casares-López M, Castro-Torres JJ, Ortiz-Peregrina S, et al. Alcohol effects on drivers’ speed management: the influence of visual performance and road complexity. J Stud Alcohol Drugs. 2024;85(6):804-814. PMID 38647099
  • Zhang P, Guo Y, Qiao Y, et al. Acute alcohol intake affects internal additive noise and the perceptual template in visual perception. Front Neurosci. 2022;16:873671. PMID 35645717
  • Cavalcanti-Galdino MK, Silva JA, Mendes LC, et al. Acute effect of alcohol intake on sine-wave Cartesian and polar contrast sensitivity functions. Braz J Med Biol Res. 2014;47(4):321-327. PMID 24676473
  • Timney B, Ferreira M, Matson S. A signal detection analysis of the effects of alcohol on visual contrast sensitivity. Perception. 2016;45(12):1358-1374. PMID 27388278
  • Martino F, Castro-Torres JJ, Casares-López M, et al. Influence of interocular differences and alcohol consumption on binocular visual performance. Int J Environ Res Public Health. 2023;20(3):1751. PMID 36767115
  • Brasil A, Castro AJ, Martins IC, et al. Colour vision impairment in young alcohol consumers. PLoS One. 2015;10(10):e0140169. PMID 26465148
  • Yang K, Wu S, Ke L, et al. Association between potential factors and dry eye disease: a systematic review and meta-analysis. Medicine (Baltimore). 2024;103(52):e41019. PMID 39969375
  • Magno MS, Daniel T, Morthen MK, et al. The relationship between alcohol consumption and dry eye. Ocul Surf. 2021;21:87-95. PMID 34029755
  • Galor A, Britten-Jones AC, Feng Y, et al. TFOS Lifestyle: impact of lifestyle challenges on the ocular surface. Ocul Surf. 2023;28:262-303. PMID 37054911
  • Grant A, Roy-Gagnon MH, Bastasic J, et al. Alcohol consumption, genetic risk, and intraocular pressure and glaucoma: the Canadian Longitudinal Study on Aging. Invest Ophthalmol Vis Sci. 2023;64(10):3. PMID 37405759
  • Sano K, Terauchi R, Fukai K, et al. Association between alcohol consumption patterns and glaucoma in Japan. J Glaucoma. 2023;32(11):968-975. PMID 37748099
  • Song JE, Kim JM, Lee MY, et al. Effects of consumption of alcohol on intraocular pressure: Korea National Health and Nutrition Examination Survey 2010 to 2011. Nutrients. 2020;12(8):2420. PMID 32806703
  • Kim YW, Park KH. Exogenous influences on intraocular pressure. Br J Ophthalmol. 2019;103(9):1209-1216. PMID 30910873
  • Huber-van der Velden KK. Influence of luxury foodstuffs on glaucoma. Klin Monbl Augenheilkd. 2017;234(2):185-190. PMID 28142165
  • Hanyuda A, Tsuda S, Himori N, et al. Diet, exercise, and lifestyle in glaucoma: current evidence and future perspectives. Nutrients. 2025;17(21):3369. PMID 41228444
  • Gong Y, Feng K, Yan N, et al. Different amounts of alcohol consumption and cataract: a meta-analysis. Optom Vis Sci. 2015;92(4):471-479. PMID 25785534
  • Wang W, Zhang X. Alcohol intake and the risk of age-related cataracts: a meta-analysis of prospective cohort studies. PLoS One. 2014;9(9):e107820. PMID 25238065
  • Chua SYL, Luben RN, Hayat S, et al. Alcohol consumption and incident cataract surgery in two large UK cohorts. Ophthalmology. 2021;128(6):837-847. PMID 33571551
  • Fukai K, Terauchi R, Furuya Y, et al. Alcohol use patterns and risk of incident cataract surgery: a large scale case-control study in Japan. Sci Rep. 2022;12(1):20142. PMID 36418504
  • Im PK, Wright N, Yang L, et al. Alcohol consumption and risks of more than 200 diseases in Chinese men. Nat Med. 2023;29(6):1476-1486. PMID 37291211
  • Jiang C, Melles RB, Sangani P, et al. Association of behavioral and clinical risk factors with cataract: a two-sample Mendelian randomization study. Invest Ophthalmol Vis Sci. 2023;64(10):19. PMID 37459064
  • Qi J, Su K, Zhang K, et al. Association of unhealthy lifestyles with cataract risk, and the mediating role of metabolic signature: analysis of the UK Biobank prospective cohort. Aging Dis. 2025;17(5):2654-2666. PMID 40768632
  • Deng J, Pan L, Huang J, et al. Modifiable dietary habits, inflammatory mediation, and senile cataract: unraveling causality via Mendelian randomization. Food Sci Nutr. 2025;13(12):e71366. PMID 41416118
  • Zhang J, Mitsuhashi T, Matsuo T, et al. Alcohol consumption and age-related macular degeneration: a systematic review and dose-response meta-analysis. Curr Eye Res. 2021;46(12):1900-1907. PMID 34115943
  • Dinu M, Pagliai G, Casini A, Sofi F. Food groups and risk of age-related macular degeneration: a systematic review with meta-analysis. Eur J Nutr. 2019;58(5):2123-2143. PMID 29978377
  • Babaker R, Alzimami L, Al Ameer A, et al. Risk factors for age-related macular degeneration: updated systematic review and meta-analysis. Medicine (Baltimore). 2025;104(8):e41599. PMID 39993131
  • Chen C, Sun Z, Xu W, et al. Associations between alcohol intake and diabetic retinopathy risk: a systematic review and meta-analysis. BMC Endocr Disord. 2020;20(1):106. PMID 32680496
  • Margolin E, Blair K, Shemesh A. Toxic and nutritional optic neuropathy. StatPearls, 2023. PMID 29763154
  • Baj J, Forma A, Kobak J, et al. Toxic and nutritional optic neuropathies: an updated mini-review. Int J Environ Res Public Health. 2022;19(5):3092. PMID 35270784
  • Grzybowski A, Zülsdorff M, Wilhelm H, Tonagel F. Toxic optic neuropathies: an updated review. Acta Ophthalmol. 2015;93(5):402-410. PMID 25159832
  • Jefferis JM, Hickman SJ. Treatment and outcomes in nutritional optic neuropathy. Curr Treat Options Neurol. 2019;21(1):5. PMID 30729321
  • Constantin FS, Ion MI, Constantin AE. Tobacco-alcohol toxic optic neuropathy. Rom J Ophthalmol. 2019;63(4):403-405. PMID 31915743
  • Nicolaou N, Nicolaou D, Douglas L, Christou S. Ethanol and cyanide: a case report on toxic and nutritional optic neuropathy associated with alcohol and tobacco. Cureus. 2025;17(11):e97067. PMID 41426861
  • Chiotoroiu SM, Noaghi M, Stefaniu GI, et al. Tobacco-alcohol optic neuropathy: clinical challenges in diagnosis. J Med Life. 2014;7(4):472-476. PMID 25713605
  • Longhena M, Bellucci C, Delfini E, et al. One-year follow up of a tobacco alcohol optic neuropathy case with atypical course. Eur J Ophthalmol. 2024;34(1):NP138-NP143. PMID 36862592
  • Nowomiejska K, Kiszka A, Maciejewski R, et al. Central scotoma in tobacco-alcohol toxic optic neuropathy measured with semi-automated kinetic perimetry. Cutan Ocul Toxicol. 2018;37(4):319-323. PMID 29688089
  • Şahin T, Karadere ME, Yıldız V, Çobanoğlu E. Evaluation of the retinal nerve fiber layer with optical coherence tomography in patients with alcohol use disorder. J Fr Ophtalmol. 2021;44(5):665-669. PMID 33840492
  • Ahuja S, Kumar PS, Kumar VP, et al. Effect of chronic alcohol and tobacco use on retinal nerve fibre layer thickness: a case-control study. BMJ Open Ophthalmol. 2016;1(1):e000003. PMID 29354691

Cet article a une vocation d’information et ne remplace pas une consultation médicale. Les indications, les bénéfices attendus et les risques dépendent de chaque situation individuelle. Pour toute question concernant votre vision, consultez un ophtalmologiste.

Rédigé et relu par le Dr Moïse Tourabaly, ophtalmologue chirurgien réfractif — ancien chef de clinique (CHNO des Quinze-Vingts).

Dernière mise à jour : 1 octobre 2026

Publications similaires