Être myope : définition, comment voit un myope et comment la myopie évolue

Être myope, c’est avoir un œil trop long, ou une cornée trop bombée, qui forme l’image des objets éloignés en avant de la rétine : on voit net de près et flou de loin. C’est le défaut visuel le plus répandu : la moitié de la population mondiale pourrait être myope en 2050. Elle apparaît le plus souvent dans l’enfance et se stabilise chez le jeune adulte. Lunettes, lentilles et chirurgie la corrigent ; chez l’enfant, des traitements peuvent la freiner.

COMPRENDRE

Qu’est-ce que la myopie ?

Dans un œil sans défaut, dit emmétrope, la cornée et le cristallin font converger la lumière venue de loin exactement sur la rétine. Chez le myope, ce point tombe en avant de la rétine : quand la lumière l’atteint, elle s’est déjà croisée puis étalée, et l’objet lointain est flou. Les rayons venus de près, plus divergents, se focalisent plus loin, sur la rétine : la vision de près est nette.

Le plus souvent, l’œil est trop long d’avant en arrière : c’est la myopie axiale. Plus rarement, l’œil a une longueur normale mais une optique trop puissante, cornée trop bombée ou cristallin dont la puissance augmente, comme au début d’une cataracte : c’est la myopie réfractive. Dans les deux cas, elle se mesure en dioptries négatives, la sphère de l’ordonnance (voir l’anatomie de l’œil).

VISION

Comment voit un myope ?

Net de près, flou de loin, et la limite se calcule : par définition optique, la distance la plus éloignée vue nette sans correction est égale à un mètre divisé par la myopie en dioptries.

MyopieVision nette jusqu’àAu quotidien, sans correction
−0,50 D2 mGêne légère la nuit
−1,00 D1 mPanneaux et visages flous
−2,00 D50 cmLecture aisée, conduite impossible
−3,00 D33 cmÉcran à bout de bras flou
−6,00 D17 cmLecture le nez sur la page
−10,00 D10 cmDépendance totale à la correction

Le myope plisse les yeux pour lire un panneau (le mot vient du grec « celui qui cligne ») et voit des halos la nuit. Corrigé, il retrouve en général une acuité visuelle normale ; notre simulateur de vision montre ce qu’il voit selon sa correction. L’enfant ne se plaint pas : il se rapproche de la télévision et copie mal au tableau (voir la myopie de l’enfant).

SEUILS

Myopie faible, moyenne, forte : à partir de combien de dioptries ?

Les seuils sont des conventions. Le consensus de l’International Myopia Institute (Flitcroft 2019) fixe le début de la myopie à un équivalent sphérique de −0,50 D et celui de la myopie forte à −6,00 D ; entre les deux, la méta-analyse de Haarman (2020) distingue la myopie faible, de −0,50 à −3,00 D, et la myopie moyenne, de −3,00 à −6,00 D. Certaines études placent la myopie forte dès −5,00 D (Holden 2016) ou ajoutent une catégorie « très forte » au-delà de −10 D (Matamoros 2015).

En France, la série de Matamoros (2015), 100 429 personnes vues en centres de réfraction, comptait 39,1 % de myopes : 25,1 % de myopies faibles, 10,6 % de moyennes, 3,4 % de fortes, dont 0,5 % de très fortes, avec un possible biais de recrutement signalé par les auteurs. À l’échelle mondiale, la méta-analyse de Holden (2016) comptait 22,9 % de myopes en 2000 et en projette 49,8 % en 2050, la myopie forte passant de 2,7 % à 9,8 % : on parle d’épidémie, associée à l’urbanisation et à l’allongement des études, dont le rôle causal est démontré pour les études (Morgan 2021).

CAUSES

D’où vient la myopie ?

L’hérédité d’abord : dans la cohorte australienne Raine (Lee 2022), chaque parent myope augmentait de 57 % les chances de devenir myope entre 20 et 28 ans. De nombreux gènes sont impliqués, chacun pour une petite part ; l’hérédité fixe une prédisposition, l’environnement décide largement si elle s’exprime.

Le temps passé dehors est le facteur protecteur le mieux établi : la méta-analyse de Sherwin (2012) calcule que chaque heure de plus dehors par semaine réduit de 2 % les chances d’être myope chez l’enfant, soit 13 % pour une heure de plus par jour, et des essais randomisés l’ont confirmé (Morgan 2021). L’hypothèse privilégiée est celle de la lumière du jour, bien plus intense qu’en intérieur, qui freinerait l’allongement de l’œil. Le travail de près compte aussi, mais moins : la méta-analyse de Huang (2015) trouve 14 % de chances en plus d’être myope chez les enfants qui y passent le plus de temps. Pour les écrans, Foreman (2021) rapporte 26 % de risque en plus, sur des temps déclarés, et Morgan (2021) juge ces preuves « faibles et inconstantes ». Ce qui compte, c’est l’ensemble : des heures de près, à l’intérieur, au détriment des heures dehors.

ÉVOLUTION

Comment évolue la myopie avec l’âge ?

En pratique courante, la myopie apparaît le plus souvent à l’âge de l’école primaire, progresse pendant la croissance, ralentit à l’adolescence et se stabilise en général vers 20 à 25 ans. Plus elle débute tôt, plus elle a de temps pour progresser : c’est l’enjeu de la freination.

La stabilité de l’adulte n’est pas absolue. Dans la cohorte Raine (Lee 2022), entre 20 et 28 ans, 14 % des non-myopes le sont devenus et 37,8 % des participants ont vu leur correction augmenter d’au moins 0,50 D, à un rythme moyen de −0,04 D par an, bien plus lent que dans l’enfance. Une myopie qui change nettement après 30 ans doit faire chercher une cause : cataracte débutante, diabète déséquilibré, certains médicaments. La chirurgie réfractive, elle, demande une correction stable, dès 18 ans si c’est le cas.

RISQUES

Myopie forte : pourquoi la rétine demande une surveillance

Un œil myope est le plus souvent un œil trop long, et plus la myopie est forte, plus la rétine est étirée et amincie. La méta-analyse de Haarman (2020) chiffre ce que cela coûte par rapport à un œil non myope : risque de décollement de rétine multiplié par environ 3 en myopie faible, 9 en moyenne et 13 en forte ; risque de maculopathie myopique, une dégradation du centre de la rétine, multiplié par 14, 73 et 845 ; glaucome et cataracte plus fréquents. Les auteurs concluent que les myopies faibles et moyennes portent déjà « des risques considérables ».

Un myope, surtout au-delà de −6 D, bénéficie donc d’un examen régulier du fond d’œil, pupille dilatée, pour dépister les zones fragiles de la rétine périphérique. Une pluie soudaine de corps flottants, des éclairs ou un voile sombre évoquent une déchirure ou un décollement de rétine : il faut consulter un ophtalmologiste le jour même ou, à défaut, les urgences ophtalmologiques. Les formes sévères sont décrites dans l’article sur la myopie forte et la myopie pathologique.

CORRIGER

Comment corrige-t-on la myopie ?

Corriger la myopie, c’est retirer à l’œil la puissance qu’il a en trop. Trois moyens y parviennent.

  • Les lunettes, à verres concaves (divergents), restent la solution de première intention.
  • Les lentilles de contact, souples ou rigides, offrent un champ visuel complet et une image de taille réelle ; au cabinet de Cachan, leur adaptation est réalisée par les associés du Dr Tourabaly. Un œil rouge sous lentilles impose de retirer la lentille et de consulter un ophtalmologiste le jour même ou, à défaut, les urgences ophtalmologiques.
  • La chirurgie réfractive, chez l’adulte dont la correction est stable : LASIK, PKR et SMILE remodèlent la cornée au laser, à la Clinique Laser Victor Hugo (Paris 16ᵉ) ; l’implant phake ICL, posé dans l’œil à la Clinique Sainte-Geneviève (Paris 14ᵉ), s’adresse aux myopies fortes ou cornées trop fines pour le laser.

Indications, plages traitables et résultats sont détaillés sur la page opération de la myopie. Une opération corrige le défaut optique, elle ne raccourcit pas l’œil : la surveillance de la rétine d’un myope fort reste la même après l’intervention.

ENFANT

Freiner la myopie de l’enfant

Puisque le risque rétinien croît avec chaque dioptrie, limiter la progression pendant l’enfance est devenu un objectif de soin. L’atropine en collyre à faible dose est le traitement le mieux évalué : dans l’essai LAMP (Yam 2019), sur 438 enfants de 4 à 12 ans, la myopie avait progressé après un an de −0,27 D sous atropine 0,05 %, contre −0,81 D sous placebo, le 0,05 % étant la concentration la plus efficace, sans effet sur l’acuité ni la qualité de vie. Le Dr Tourabaly prescrit l’atropine à 0,01 % ou à 0,05 %, et privilégie désormais le 0,05 %.

Lentilles de freination et orthokératologie, adaptées au cabinet de Cachan par les associés du Dr Tourabaly, et verres spécifiques complètent l’arsenal, et le temps dehors reste conseillé. Les options sont comparées dans l’article freiner la myopie de l’enfant.

IDÉES REÇUES

Deux idées reçues sur la myopie

« La myopie protège de la presbytie »

À moitié vrai. La presbytie est le vieillissement du cristallin, qui perd sa mise au point de près ; elle touche tout le monde, myope compris. Mais le myope de −2 à −3 D garde sans correction un point net entre 33 et 50 cm : lunettes retirées, il lit sans effort. Avec sa correction, il est presbyte comme les autres, et le myope fort n’en tire aucun avantage. Une opération de la myopie seule n’empêche pas la presbytie de s’installer ; des techniques dédiées existent alors, comme le PresbyLASIK.

« Porter ses lunettes aggrave la myopie »

Faux, et les études suggèrent même l’inverse. Dans un essai de deux ans sur 94 enfants de 9 à 14 ans (Chung 2002), ceux dont la correction avait été réduite d’environ 0,75 D ont vu leur myopie progresser plus vite ; la revue Cochrane de 2020 (Walline) retrouve 0,15 D de progression en plus chez les enfants sous-corrigés, avec un niveau de preuve faible. Porter sa correction complète reste la règle.

Le Dr Tourabaly reçoit en consultation aux cabinets de Cachan et de Paris 13, et au Cabinet ophtalmologique Sorbonne Saint-Michel (Paris 5ᵉ). Les enfants sont reçus à partir de 3 ans au cabinet de Cachan.

Questions fréquentes

La myopie se guérit-elle ?

Non : on ne raccourcit pas un œil trop long. La myopie se corrige, par lunettes, lentilles ou chirurgie, et se freine chez l’enfant, mais l’œil garde sa forme et un myope fort opéré conserve le même suivi de la rétine.

À partir de combien de dioptries est-on très myope ?

Par convention internationale (Flitcroft 2019), la myopie forte commence à −6,00 D ; certaines études ajoutent une catégorie « très forte » au-delà de −10 D. Le risque rétinien augmente bien avant : entre −3 et −6 D, le décollement de rétine est déjà environ neuf fois plus fréquent (Haarman 2020).

Un myope voit-il mieux de près en vieillissant ?

Pas mieux, mais il garde plus longtemps sa vision de près sans lunettes : un myope d’environ −2 à −3 dioptries lit en les retirant, son point net étant à distance de lecture. Avec sa correction de loin, il devient presbyte comme tout le monde.

Les écrans rendent-ils myope ?

Ce n’est pas démontré en tant que tel : les méta-analyses associent le temps d’écran à la myopie (Foreman 2021), mais sur des données déclaratives, et l’International Myopia Institute (Morgan 2021) juge ces preuves faibles. Ce qui est établi, c’est le rôle du travail de près prolongé et du manque de temps dehors.

Peut-on devenir myope à 30 ans ?

Oui, même si c’est moins fréquent qu’à l’école : dans la cohorte Raine (Lee 2022), 14 % des jeunes adultes non myopes à 20 ans l’étaient devenus à 28 ans. Après 30 ans, une myopie nouvelle ou qui change nettement doit faire rechercher une cause, cataracte débutante ou diabète déséquilibré, avant de changer de lunettes.

Peut-on être myope et astigmate en même temps ?

Oui, c’est l’association la plus fréquente. La myopie est la sphère négative de l’ordonnance, l’astigmatisme le cylindre et son axe ; un verre sphéro-cylindrique corrige les deux, et la chirurgie les traite dans le même temps (voir le cumul des défauts visuels).

Consultations à Cachan, à Paris 13 et au cabinet Sorbonne Saint-Michel (Paris 5ᵉ) · Tél. 01 45 47 08 11

Sources scientifiques

  • Holden BA, et al. Global prevalence of myopia and high myopia and temporal trends from 2000 through 2050. Ophthalmology. 2016. PMID 26875007
  • Flitcroft DI, et al. IMI – Defining and classifying myopia: a proposed set of standards for clinical and epidemiologic studies. Invest Ophthalmol Vis Sci. 2019. PMID 30817826
  • Haarman AEG, et al. The complications of myopia: a review and meta-analysis. Invest Ophthalmol Vis Sci. 2020. PMID 32347918
  • Matamoros E, et al. Prevalence of myopia in France: a cross-sectional analysis. Medicine (Baltimore). 2015. PMID 26559276
  • Sherwin JC, et al. The association between time spent outdoors and myopia in children and adolescents: a systematic review and meta-analysis. Ophthalmology. 2012. PMID 22809757
  • Huang HM, et al. The association between near work activities and myopia in children: a systematic review and meta-analysis. PLoS One. 2015. PMID 26485393
  • Morgan IG, et al. IMI risk factors for myopia. Invest Ophthalmol Vis Sci. 2021. PMID 33909035
  • Foreman J, et al. Association between digital smart device use and myopia: a systematic review and meta-analysis. Lancet Digit Health. 2021. PMID 34625399
  • Lee SS, et al. Incidence and progression of myopia in early adulthood. JAMA Ophthalmol. 2022. PMID 34989764
  • Chung K, et al. Undercorrection of myopia enhances rather than inhibits myopia progression. Vision Res. 2002. PMID 12445849
  • Walline JJ, et al. Interventions to slow progression of myopia in children. Cochrane Database Syst Rev. 2020. PMID 31930781
  • Yam JC, et al. Low-Concentration Atropine for Myopia Progression (LAMP) Study: a randomized, double-blinded, placebo-controlled trial of 0.05%, 0.025%, and 0.01% atropine eye drops in myopia control. Ophthalmology. 2019. PMID 30514630

Cet article a une visée informative et ne remplace pas une consultation médicale. Les indications, les bénéfices attendus et les risques dépendent de chaque situation individuelle. Pour toute question concernant votre vision, consultez un ophtalmologiste.

Rédigé et relu par le Dr Moïse Tourabaly, ophtalmologue chirurgien réfractif — ancien chef de clinique (CHNO des Quinze-Vingts).

Dernière mise à jour : 10 octobre 2026

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