Yeux qui brûlent ou qui piquent : d’où vient la brûlure et comment la soulager
Des yeux qui brûlent ou qui piquent traduisent le plus souvent une surface de l’œil qui s’assèche ou qui s’irrite. La sécheresse oculaire, l’inflammation du bord des paupières, les écrans, l’air sec, la fumée, le chlore ou un cosmétique en sont les causes habituelles, et elles se soulagent avec des larmes artificielles sans conservateur, des soins des paupières et quelques changements d’habitudes. Une brûlure qui suit une projection de produit impose de rincer l’œil immédiatement. Une douleur vraie, une baisse de vision ou une gêne à la lumière font consulter un ophtalmologiste le jour même ou, à défaut, les urgences ophtalmologiques.
LES PISTES
Brûler, piquer, gratter : ce que la sensation oriente
Les patients emploient des mots différents pour des gênes différentes, et ces mots orientent déjà. Une brûlure ou des picotements évoquent une surface qui s’assèche ou qui est irritée. Une démangeaison, l’envie de frotter, évoque d’abord une allergie (voir notre article sur les yeux qui grattent). Une sensation de sable ou de grain évoque une sécheresse, une conjonctivite virale ou une poussière restée sous la paupière. Ces sensations se mélangent souvent : une allergie peut brûler, et une sécheresse peut gratter.
Brûler, gratter, sable : ce que dit la sensation
Le mot qui vient spontanément oriente déjà vers une famille de causes.
Ces sensations se mélangent souvent. Une douleur vraie, une baisse de vision ou une gêne à la lumière font consulter un ophtalmologiste le jour même ou, à défaut, les urgences ophtalmologiques.
La sécheresse oculaire, première cause
La surface de l’œil est recouverte d’un film de larmes, renouvelé à chaque clignement. Le rapport international TFOS DEWS II (Craig, 2017) définit la sécheresse oculaire comme une maladie de ce film, dont l’équilibre est rompu : il devient instable et trop concentré, ce qui irrite et enflamme la surface de l’œil. Elle est fréquente. Selon le rapport épidémiologique du même groupe (Stapleton, 2017), elle touche de 5 à 50 % de la population selon les études et les définitions retenues, davantage avec l’âge et chez les femmes.
Ses signes sont typiques : une brûlure ou une sensation de sable des deux yeux, une vision qui se voile puis redevient nette après un clignement, une gêne qui augmente en fin de journée, devant un écran, au vent ou à la climatisation. Paradoxalement, l’œil sec peut pleurer : une surface irritée déclenche un larmoiement réflexe, fait de larmes qui ne la protègent pas mieux (voir notre page sécheresse oculaire).
Le film de larmes, trois couches qui protègent la cornée
Quand l’une d’elles fait défaut, la surface s’assèche entre deux clignements et brûle.
La couche grasse
Fabriquée par les glandes du bord des paupières, elle freine l’évaporation.
La couche d’eau
Produite par la glande lacrymale, elle nourrit et rince la surface.
Le mucus
Il fait adhérer les larmes à la cornée.
Schéma pédagogique, épaisseurs non à l’échelle. Le plus souvent, c’est la couche grasse qui manque, et les larmes s’évaporent trop vite.
Le bord des paupières : quand les glandes s’encrassent
Le bord des paupières porte de petites glandes, les glandes de Meibomius, qui fabriquent la couche grasse du film de larmes. Quand leur sécrétion s’épaissit, cette couche manque et les larmes s’évaporent trop vite. Ce dysfonctionnement est considéré comme l’une des causes les plus fréquentes de sécheresse oculaire (rapport TFOS DEWS II, Craig, 2017) ; la brûlure est alors souvent plus forte au réveil. Il s’associe volontiers à une blépharite et à une rosacée du visage. Une revue de 2025 (Mohamed-Noriega) décrit la rosacée oculaire comme une inflammation chronique de la surface de l’œil, traitée par étapes en commençant par l’hygiène des paupières.
Écrans, air sec, fumée, chlore : les irritants du quotidien
Devant un écran, la brûlure augmente au fil des heures. Le rapport TFOS consacré à l’environnement numérique (Wolffsohn, 2023) l’attribue surtout à des clignements moins fréquents et moins complets, à une correction optique inadaptée à la distance de travail et à l’effort de concentration. Une étude new-yorkaise (Chu, 2014) nuance le premier point : à texte identique, on ne clignait pas moins devant un écran que sur papier, mais les clignements incomplets y étaient plus nombreux, 7,02 % contre 4,33 %. Le rapport TFOS de Wolffsohn conclut que les verres filtrant la lumière bleue ne semblent pas efficaces ; des pauses régulières, un poste bien réglé et une correction adaptée à la distance de l’écran peuvent en revanche aider (voir sécheresse oculaire et télétravail).
L’air sec de la climatisation, du chauffage ou de l’avion, et un souffle dirigé vers le visage, accélèrent l’évaporation des larmes. Le chlore des piscines pique les yeux à la sortie du bain : des lunettes de natation étanches le limitent.
La fumée de tabac irrite les yeux, chez le fumeur comme chez son entourage (voir tabac et vision). Son lien avec une sécheresse durable est moins net : une méta-analyse de 22 études et 160 217 personnes (Tariq, 2022) n’a pas trouvé d’association significative entre le tabagisme et la sécheresse oculaire.
Les cosmétiques sont une cause souvent oubliée. Le rapport TFOS consacré aux cosmétiques (Sullivan, 2023) décrit comment les produits et les gestes de maquillage des yeux peuvent aggraver ou favoriser une maladie de la surface de l’œil. Un crayon appliqué au ras des cils, sur le bord intérieur de la paupière, est à suspendre tant que les yeux brûlent.
Certains médicaments pris par la bouche dessèchent la surface de l’œil. Le plus connu est l’isotrétinoïne, prescrite contre l’acné : chez 24 patients suivis (Zakrzewska, 2023), les glandes du bord des paupières se sont dégradées pendant le traitement, puis se sont en partie améliorées après son arrêt. Il ne faut pas interrompre un traitement de soi-même : le médecin qui l’a prescrit peut l’adapter.
Les ultraviolets enfin : une brûlure intense des deux yeux, quelques heures après une journée au ski sans lunettes ou après avoir regardé un arc de soudure sans protection, évoque une brûlure de la cornée (voir ophtalmie des neiges). Elle s’accompagne de larmes et d’une forte gêne à la lumière, et justifie de consulter un ophtalmologiste le jour même ou, à défaut, les urgences ophtalmologiques.
Une projection de produit : rincer d’abord
Une brûlure qui survient juste après une projection de produit ménager, de chaux, de ciment ou de solvant est une urgence. Le premier geste est de rincer l’œil abondamment à l’eau claire, paupières bien ouvertes, pendant quinze à trente minutes, sans attendre et avant tout déplacement. Une revue de 2019 (Bizrah) souligne que deux gestes simples et efficaces, le rinçage immédiat et le port de lunettes de protection, restent trop peu appliqués, et qu’une prise en charge initiale insuffisante complique toute la suite. Après le rinçage, il faut contacter le cabinet en priorité ou, en dehors de ses heures d’ouverture, se rendre aux urgences ophtalmologiques, en emportant l’étiquette du produit (voir brûlure chimique de l’œil).
Ce qui accompagne la brûlure oriente la cause
| Ce que vous remarquez | Piste | Premier geste |
|---|---|---|
| Brûlure des deux yeux, pire le soir ou devant un écran, vision qui fluctue | Sécheresse oculaire | Larmes sans conservateur, pauses d’écran |
| Brûlure au réveil, bord des paupières rouge, croûtes à la base des cils | Bord des paupières, blépharite | Compresses tièdes, hygiène des paupières |
| Picotements après la piscine, la fumée ou un nouveau cosmétique | Irritation de contact | Rincer, suspendre le produit |
| Brûlure apparue sous un traitement contre l’acné | Effet d’un médicament | En parler au médecin prescripteur |
| Brûlure intense quelques heures après le ski ou une soudure | Brûlure par les ultraviolets | Ophtalmologiste le jour même |
| Juste après une projection de produit | Brûlure chimique | Rincer quinze à trente minutes, puis cabinet ou urgences ophtalmologiques |
SOULAGER
Ce qui soulage
Les larmes artificielles, sans conservateur
Elles sont le premier traitement de la sécheresse et s’achètent sans ordonnance. Une revue Cochrane de 43 essais et 3 497 participants (Pucker, 2016) conclut qu’elles sont en général bien tolérées, mais que les preuves restent de faible qualité pour dire laquelle est la plus efficace : en pratique, on garde celle qui soulage le mieux. Les formes sans conservateur sont préférables en cas d’usage répété, car le conservateur le plus courant, le chlorure de benzalkonium, irrite lui-même la surface de l’œil quand il est employé au long cours (Baudouin, 2010).
Les soins du bord des paupières
Quand la brûlure domine au réveil ou que les paupières sont croûteuses, les soins des paupières font partie du traitement de fond : des compresses tièdes quelques minutes, puis un léger massage du bord des paupières et un nettoyage doux, matin et soir. Ils agissent progressivement et se poursuivent dans la durée.
L’environnement et les habitudes
- Devant un écran, faire des pauses régulières en regardant au loin, cligner franchement, placer l’écran un peu en dessous du regard.
- À la maison et au bureau, éviter qu’un ventilateur ou une climatisation souffle vers le visage, et aérer une pièce surchauffée.
- Dehors, porter des lunettes par vent fort, et des lunettes de natation à la piscine.
- Le soir, se démaquiller soigneusement, sans frotter.
Yeux qui brûlent : ce qui soulage, ce qu’il vaut mieux éviter
- Des larmes artificielles sans conservateur
- Des compresses tièdes et l’hygiène du bord des paupières
- Des pauses régulières devant l’écran
- Un air moins sec, sans souffle dirigé vers le visage
- Se frotter les yeux
- Réutiliser un ancien collyre, surtout aux corticoïdes
- Le maquillage au ras des cils tant que ça brûle
- Compter sur des verres anti-lumière bleue
Si la brûlure persiste malgré ces gestes, un examen de la surface de l’œil permet d’en trouver la cause.
À éviter : se frotter les yeux, et réutiliser un ancien collyre prescrit pour un autre épisode. Un collyre aux corticoïdes peut faire monter la pression de l’œil sans aucun symptôme et aggraver une infection par le virus de l’herpès : il ne s’utilise que sur ordonnance.
Quand consulter, et quand ne pas attendre
Une brûlure légère, des deux côtés, sans autre signe, peut se traiter quelques jours avec les gestes ci-dessus. Certains signes imposent en revanche de consulter un ophtalmologiste le jour même ou, à défaut, les urgences ophtalmologiques (voir notre page urgences ophtalmologiques) :
- une douleur réelle de l’œil, et non une simple gêne ;
- une baisse de vision qui ne s’améliore pas en clignant des yeux ;
- une gêne à la lumière ou un seul œil très rouge ;
- une brûlure intense après une exposition aux ultraviolets ;
- une opération des yeux récente.
Chez un porteur de lentilles, un œil rouge ou douloureux impose de retirer la lentille et de consulter un ophtalmologiste le jour même ou, à défaut, les urgences ophtalmologiques, car une infection de la cornée doit être éliminée. Après une projection de produit, le rinçage passe avant tout le reste.
Il faut aussi consulter, sans urgence, si la brûlure persiste malgré ces mesures ou revient régulièrement. L’examen à la lampe à fente, avec une goutte de colorant, apprécie la stabilité du film de larmes, montre si la cornée souffre et recherche une atteinte du bord des paupières. Une sécheresse se traite aussi avant une opération, car elle fausse les mesures qui préparent une chirurgie de la cataracte ou une chirurgie réfractive au laser (voir œil sec avant une opération).
Le Dr Tourabaly reçoit en consultation aux cabinets de Cachan et de Paris 13, et au Cabinet ophtalmologique Sorbonne Saint-Michel (Paris 5ᵉ). Les enfants sont reçus à partir de 3 ans au cabinet de Cachan.
Questions fréquentes
Pourquoi mes yeux brûlent-ils surtout le matin ?
Une brûlure qui domine au réveil oriente vers le bord des paupières : pendant la nuit, les sécrétions des glandes des paupières s’accumulent et la surface de l’œil n’est plus renouvelée par le clignement. Une fermeture incomplète des paupières pendant le sommeil peut aussi l’assécher. Les compresses tièdes et l’hygiène des paupières, matin et soir, sont le premier traitement.
Pourquoi mes yeux brûlent-ils le soir ?
En fin de journée, plusieurs effets s’additionnent : des heures d’écran avec des clignements incomplets, l’air sec des bureaux et la fatigue de la surface de l’œil. Des pauses régulières dans la journée et des larmes artificielles sans conservateur le soir soulagent le plus souvent.
Mes yeux brûlent et pleurent : est-ce vraiment de la sécheresse ?
Oui, c’est fréquent. Une surface irritée déclenche un larmoiement réflexe, fait de larmes abondantes mais qui ne la protègent pas mieux. C’est pourquoi un œil qui pleure au vent ou au froid peut relever d’une sécheresse, et se soulager avec des larmes artificielles.
Les lunettes anti-lumière bleue sont-elles utiles ?
Le rapport TFOS consacré à l’environnement numérique (Wolffsohn, 2023) conclut qu’elles ne semblent pas efficaces contre la gêne liée aux écrans. Une correction adaptée à la distance de l’écran, des pauses régulières et un poste bien réglé sont des pistes plus utiles.
Quel collyre acheter sans ordonnance ?
Des larmes artificielles sans conservateur, plusieurs fois par jour si besoin. Le pharmacien peut orienter. Il faut éviter de réutiliser un ancien collyre, surtout s’il contient un corticoïde, et consulter si la brûlure persiste malgré ces gouttes.
Peut-on se faire opérer de la myopie quand les yeux brûlent ?
Souvent oui, mais la surface de l’œil se traite d’abord : une sécheresse fausse les mesures du bilan et peut s’accentuer après certaines techniques. Le bilan préopératoire l’évalue et en tient compte dans le choix de la technique.
Consultations à Cachan, à Paris 13 et au cabinet Sorbonne Saint-Michel (Paris 5ᵉ) · Tél. 01 45 47 08 11
Sources scientifiques
- Craig JP, et al. TFOS DEWS II Definition and Classification Report. Ocul Surf. 2017. PMID 28736335
- Stapleton F, et al. TFOS DEWS II Epidemiology Report. Ocul Surf. 2017. PMID 28736337
- Mohamed-Noriega K, et al. Ocular rosacea: an updated review. Cornea. 2025. PMID 39808113
- Wolffsohn JS, et al. TFOS Lifestyle: Impact of the digital environment on the ocular surface. Ocul Surf. 2023. PMID 37062428
- Chu CA, et al. Blink patterns: reading from a computer screen versus hard copy. Optom Vis Sci. 2014. PMID 24413278
- Tariq MA, et al. Association of dry eye disease with smoking: a systematic review and meta-analysis. Indian J Ophthalmol. 2022. PMID 35647954
- Sullivan DA, et al. TFOS Lifestyle: Impact of cosmetics on the ocular surface. Ocul Surf. 2023. PMID 37061220
- Zakrzewska A, et al. The effect of oral isotretinoin therapy on meibomian gland characteristics in patients with acne vulgaris. Ophthalmol Ther. 2023. PMID 37301783
- Bizrah M, et al. An update on chemical eye burns. Eye (Lond). 2019. PMID 31086244
- Pucker AD, et al. Over the counter (OTC) artificial tear drops for dry eye syndrome. Cochrane Database Syst Rev. 2016. PMID 26905373
- Baudouin C, et al. Preservatives in eyedrops: the good, the bad and the ugly. Prog Retin Eye Res. 2010. PMID 20302969
Cet article a une visée informative et ne remplace pas une consultation médicale. Les indications, les bénéfices attendus et les risques dépendent de chaque situation individuelle. Pour toute question concernant votre vision, consultez un ophtalmologiste.
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Rédigé et relu par le Dr Moïse Tourabaly, ophtalmologue chirurgien réfractif — ancien chef de clinique (CHNO des Quinze-Vingts).
Dernière mise à jour : 9 octobre 2026




