Lentilles journalières, mensuelles ou progressives : laquelle choisir, et pour qui

Le choix d’une lentille de contact dépend d’abord de la fréquence de port, de l’état de vos larmes et de votre défaut visuel : les journalières conviennent au port occasionnel et aux yeux sensibles, les mensuelles au port quotidien, les progressives, dites multifocales, à la presbytie. Les lentilles rigides gardent leur place dans les astigmatismes importants et le kératocône. Aucune famille n’est la bonne pour tout le monde : c’est l’adaptation, avec un essai sur l’œil, qui tranche.

LES FAMILLES

Quelles sont les grandes familles de lentilles de contact ?

Les souples journalières se jettent chaque soir : ni produit, ni étui, et une lentille stérile chaque matin. Les souples à renouvellement fréquent, bimensuelles ou mensuelles, se nettoient et se rangent la nuit, puis se remplacent à date fixe ; la plupart sont en silicone-hydrogel, un matériau qui laisse passer davantage d’oxygène vers la cornée. Les rigides perméables au gaz, plus petites et plus dures, demandent en pratique courante quelques jours à quelques semaines d’adaptation, mais donnent une vision très précise quand l’astigmatisme est élevé ou la cornée irrégulière, et se gardent habituellement un à deux ans. Les sclérales, de grand diamètre, reposent sur le blanc de l’œil et passent au-dessus de la cornée : une revue de 2015 (Schornack) les décrit comme une option dans les cornées irrégulières, comme le kératocône, et dans certaines maladies sévères de la surface oculaire. Les lentilles de couleur, enfin, sont des lentilles comme les autres et exigent la même adaptation et la même hygiène : nous en parlons dans notre article sur les lentilles fantaisie d’Halloween.

Qu’est-ce qui guide le choix d’une lentille ?

La fréquence de port et le budget

C’est le premier critère. Pour un port occasionnel, la journalière s’impose : une mensuelle ouverte et portée trois fois dans le mois coûte plus cher et vieillit dans son étui. Pour un port quotidien, la mensuelle ou la bimensuelle devient avantageuse, si l’entretien suit. Le budget varie beaucoup d’un modèle à l’autre ; plutôt qu’un prix moyen vite périmé, notre calculateur lentilles ou chirurgie estime votre dépense réelle sur plusieurs années, et l’article lentilles ou chirurgie : le coût sur 10 ans en détaille la méthode.

Les yeux secs et les allergies

Le port de lentilles induit ou aggrave la sécheresse oculaire : le rapport TFOS DEWS II de 2017 (Gomes) le classe parmi les causes de sécheresse liées aux soins. C’est aussi l’une des principales raisons d’abandon. Dans une enquête canadienne auprès de 4 207 porteurs ou anciens porteurs (Dumbleton, 2013), environ 23 % avaient arrêté définitivement, et les motifs les plus cités étaient l’inconfort (24 %) et la sécheresse (20 %). Quand les yeux tirent en fin de journée, une journalière, sans dépôt accumulé, est souvent mieux tolérée, et la sécheresse oculaire elle-même se traite. Chez l’allergique, la journalière limite aussi les dépôts de protéines qui entretiennent une réaction de la paupière supérieure, la conjonctivite papillaire : une revue de 2020 (Kenny) cite les lentilles réutilisées et le renouvellement trop espacé parmi ses facteurs favorisants.

L’astigmatisme, la presbytie, le sport

Un astigmatisme se corrige par une lentille torique, journalière ou mensuelle, lestée pour ne pas tourner sur l’œil ; au-delà de quelques dioptries, ou si la cornée est irrégulière, la rigide donne une vision plus nette. La presbytie, après 40 ou 45 ans, appelle une multifocale ou une monovision, détaillées plus bas. Pour le sport, surtout en piscine ou en mer, la journalière se jette après la séance : l’eau ne doit jamais toucher une lentille qui sera reportée, en raison du risque de kératite amibienne.

SÉCURITÉ

Journalières ou mensuelles : lesquelles sont les plus sûres ?

La complication la plus redoutée est la kératite microbienne, une infection de la cornée. Elle reste rare, et sa fréquence dépend davantage de la façon de porter les lentilles que de leur type. Dans une surveillance menée pendant un an sur toute l’Australie (Stapleton, 2008, Ophthalmology), l’incidence annuelle était de 1,2 cas pour 10 000 porteurs de rigides portées le jour, de 1,9 pour les souples portées le jour et de 2,0 pour les journalières ; elle montait à 19,5 pour les souples portées la nuit et à 25,4 pour les silicone-hydrogel portées la nuit. Une perte de vision survenait chez 0,6 porteur sur 10 000 par an. Les facteurs de risque étaient le port nocturne, la mauvaise hygiène de l’étui, le tabac, l’achat sur internet et moins de six mois d’expérience.

Une étude cas-témoins londonienne (Dart, 2008, Ophthalmology) précise le tableau : le risque d’infection n’était pas plus bas avec les journalières qu’avec les souples réutilisables, mais les infections y étaient moins graves, aucun porteur de journalières n’ayant vu son acuité tomber à 5/10 ou moins ; les rigides avaient le risque le plus faible, et le port nocturne, quel que soit le type, multipliait le risque par 5,4. Chez les porteurs de journalières (Stapleton, 2017), les facteurs de risque étaient le port nocturne occasionnel, un lavage des mains insuffisant et le tabac. La journalière limite donc surtout la gravité des infections, sans doute parce qu’elle supprime l’étui, le produit et la lentille vieillissante ; elle ne protège plus si l’on dort avec. Les complications bénignes, elles, sont fréquentes : le consensus CLEAR de 2021 (Stapleton) estime qu’environ un tiers des porteurs en présentent une, la plupart légères. Les gestes qui protègent sont détaillés dans nos articles sur les erreurs d’hygiène les plus fréquentes et sur les dangers de dormir avec ses lentilles. Un œil rouge ou douloureux sous lentille n’attend pas : retirer la lentille et consulter un ophtalmologiste le jour même ou, à défaut, les urgences ophtalmologiques.

PRESBYTIE

Lentilles progressives : comment fonctionnent-elles, et quelles sont leurs limites ?

Une lentille progressive, ou multifocale, ne fonctionne pas comme un verre progressif. Le verre a une zone pour le loin en haut, une pour le près en bas, et le regard choisit. La lentille, elle, bouge avec l’œil : elle superpose sur la rétine plusieurs images, nettes à des distances différentes, et le cerveau sélectionne la bonne. C’est la vision simultanée, décrite dans une revue de 2017 (Pérez-Prados) : elle repose sur la tolérance au flou, et le choix du modèle dépend de la pupille, des aberrations de l’œil et du centrage de la lentille. La même revue note que certains presbytes abandonnent ces lentilles pour des limites de qualité visuelle ou de confort. En pratique courante, une légère perte de contraste, surtout la nuit, et une adaptation de quelques jours à quelques semaines sont attendues ; beaucoup s’en accommodent très bien, d’autres gardent des lunettes pour la conduite nocturne ou le travail de précision.

L’autre option en lentilles est la monovision : un œil corrigé pour le loin, l’autre pour le près. Une revue de 2007 (Evans) chiffre son taux de succès à 59 à 67 % chez des porteurs déjà adaptés, avec pour limites la conduite de nuit, la vision intermédiaire sur écran et une perte de relief que la plupart ne remarquent pas ; elle rappelle qu’une monovision chirurgicale ne se décide qu’après un essai réussi en lentilles. Quand les lentilles ne conviennent pas, ou que l’on ne souhaite plus en dépendre, la chirurgie est une indication à part entière : le PresbyLASIK est la technique destinée à s’affranchir des lunettes à l’âge de la presbytie, et notre page sur la presbytie compare lentilles, monovision et laser.

Journalières, mensuelles, rigides, multifocales : le tableau comparatif

LentillePour quiAvantagesLimitesEntretien
JournalièresPort occasionnel, sport, yeux secs ou allergiques, débutantsNeuve chaque jour, aucun produit, infections moins sévèresPlus coûteuses en port quotidien ; pas pour toutes les correctionsAucun : jetée le soir, jamais de nuit, jamais d’eau
Mensuelles ou bimensuellesPort quotidien, corrections variéesÉconomiques à l’usage, large choix de matériauxDépôts et sécheresse en fin de mois ; risque lié à l’entretienSolution chaque soir, étui changé tous les mois, remplacement à date fixe
Rigides perméables au gazAstigmatisme élevé, cornée irrégulière, kératocôneVision très nette, risque d’infection le plus bas, durée d’un à deux ansAdaptation de plusieurs jours à semaines, poussière gênanteNettoyage quotidien avec une solution dédiée
Multifocales (progressives)Presbytes qui veulent se passer de lunettes de lectureLoin et près, souvent sans lunettes ; en journalière, mensuelle ou rigideCompromis sur le contraste, adaptation de quelques jours à quelques semainesSelon le support ; plusieurs essais souvent nécessaires

CAS PARTICULIERS

Mon enfant est myope : quelles lentilles pour freiner la myopie ?

Chez l’enfant, certaines lentilles souples journalières à double foyer freinent la progression de la myopie. Dans un essai randomisé de trois ans chez des enfants de 8 à 12 ans (Chamberlain, 2019), la progression de la myopie était réduite de 59 % et l’allongement de l’œil de 52 % par rapport à une journalière classique. Une revue Cochrane actualisée en 2025 (Lawrenson) confirme que les lentilles souples multifocales et l’orthokératologie, une rigide portée la nuit qui remodèle la cornée, réduisent l’allongement de l’œil, avec un niveau de certitude faible à modéré selon les options. Nos articles sur les lentilles de freination chez l’enfant et sur l’orthokératologie en détaillent les indications. Les enfants sont reçus au cabinet de Cachan à partir de 3 ans.

Qui adapte les lentilles, et que faire avant un bilan de chirurgie ?

Une lentille ne se choisit pas sur catalogue. L’adaptation comprend une mesure de la courbure de la cornée, un examen des larmes et des paupières, puis un essai sur l’œil, parfois de plusieurs modèles. Au cabinet de Cachan, ce sont les associés du Dr Tourabaly qui réalisent ces adaptations, y compris les lentilles de freination de la myopie et l’orthokératologie. Les premiers gestes s’apprennent lors de cette consultation ; notre article comment mettre et enlever ses lentilles les reprend pas à pas. Si vous envisagez une opération, les lentilles sont à retirer avant le bilan préopératoire, car elles modifient temporairement la forme de la cornée que mesure la topographie ; la durée d’arrêt dépend du type de lentille et vous est précisée à la prise de rendez-vous (voir arrêt des lentilles avant le bilan). Le bilan, avec topographie cornéenne, se fait au cabinet de Cachan ou au cabinet Sorbonne Saint-Michel (Paris 5ᵉ).

Peut-on porter des lentilles toute sa vie ?

Oui, le plus souvent, à condition que l’œil continue de bien les tolérer. Le port de lentilles n’use pas la cornée en soi, mais il demande à chaque âge une surveillance : la cornée a besoin d’oxygène, le film lacrymal change avec les années, et la sécheresse oculaire, plus fréquente après la cinquantaine, est la première raison qui pousse à réduire le temps de port. Un contrôle annuel chez l’ophtalmologiste permet de vérifier la cornée et d’adapter le type de lentille, par exemple vers des journalières, ou vers des lentilles progressives quand la presbytie s’installe. Si la tolérance baisse, les alternatives se discutent : lunettes, ou, après un bilan, une chirurgie réfractive adaptée à l’âge.

Questions fréquentes

Les lentilles journalières sont-elles plus sûres que les mensuelles ?

Pas au sens où l’infection serait plus rare : dans les études de 2008, le risque de kératite était comparable entre journalières et souples réutilisables. En revanche, les infections sous journalières étaient moins sévères. Ce qui change vraiment le risque, c’est le port nocturne, qui le multiplie par plus de cinq (Dart, 2008), et l’hygiène de l’étui, que la journalière supprime.

Peut-on garder une lentille mensuelle plus d’un mois si elle est peu portée ?

Non. La date de remplacement court à partir de l’ouverture, pas du nombre de jours de port : la lentille accumule dépôts et micro-organismes dans son étui même hors de l’œil. Pour un port occasionnel, soit en pratique courante moins de deux ou trois jours par semaine, la journalière évite l’étui et ses contaminations, et revient souvent moins cher.

Les lentilles progressives corrigent-elles bien la presbytie ?

Elles permettent à beaucoup de presbytes de lire sans lunettes, par un compromis : plusieurs images arrivent en même temps sur la rétine et le cerveau trie. Une légère baisse de contraste et un temps d’adaptation sont habituels. Si le résultat ne satisfait pas, la monovision en lentilles ou le PresbyLASIK se discutent au bilan.

Je suis astigmate : quelle lentille choisir ?

Une lentille torique souple, journalière ou mensuelle, pour la plupart des astigmatismes courants. Pour un astigmatisme élevé ou une cornée irrégulière, la rigide perméable au gaz donne une vision plus stable et plus nette.

Mes yeux sont secs avec mes lentilles : faut-il arrêter ?

Pas forcément. La sécheresse est l’une des principales causes d’abandon, mais elle se traite : changement de matériau, passage en journalières, larmes artificielles sans conservateur compatibles avec les lentilles, soin des paupières. Si la gêne persiste, la chirurgie réfractive peut être discutée, après traitement de la surface de l’œil et un bilan qui vérifie que la sécheresse ne la contre-indique pas.

Combien de temps arrêter les lentilles avant un bilan de chirurgie réfractive ?

Cela dépend du type de lentille : en pratique courante, quelques jours pour une souple, plus longtemps pour une rigide, qui déforme davantage la cornée. La durée vous est précisée à la prise de rendez-vous. L’objectif est que la topographie mesure votre cornée telle qu’elle est, et non telle que la lentille l’a modelée.

Peut-on porter des lentilles toute sa vie ?

Oui, tant que la cornée et la surface de l’œil les tolèrent, ce qui se vérifie à chaque contrôle : intégrité de la cornée, œil sec, allergie, hygiène. Avec l’âge, la sécheresse oculaire rend souvent le port moins confortable et l’ophtalmologiste adapte le type de lentille ou le temps de port. Une rougeur ou une douleur sous lentille impose de la retirer et de consulter un ophtalmologiste le jour même ou, à défaut, les urgences ophtalmologiques.

Consultations à Cachan, à Paris 13 et au cabinet Sorbonne Saint-Michel (Paris 5ᵉ) · Tél. 01 45 47 08 11

Sources scientifiques

  • Stapleton F, et al. The incidence of contact lens-related microbial keratitis in Australia. Ophthalmology. 2008. PMID 18538404
  • Dart JK, et al. Risk factors for microbial keratitis with contemporary contact lenses: a case-control study. Ophthalmology. 2008. PMID 18597850
  • Stapleton F, et al. Risk factors and causative organisms in microbial keratitis in daily disposable contact lens wear. PLoS One. 2017. PMID 28813424
  • Stapleton F, et al. CLEAR – Contact lens complications. Cont Lens Anterior Eye. 2021. PMID 33775382
  • Pérez-Prados R, et al. Soft multifocal simultaneous image contact lenses: a review. Clin Exp Optom. 2017. PMID 27800638
  • Evans BJ. Monovision: a review. Ophthalmic Physiol Opt. 2007. PMID 17718882
  • Dumbleton K, et al. The impact of contemporary contact lenses on contact lens discontinuation. Eye Contact Lens. 2013. PMID 23266586
  • Gomes JAP, et al. TFOS DEWS II iatrogenic report. Ocul Surf. 2017. PMID 28736341
  • Kenny SE, et al. Giant papillary conjunctivitis: a review. Ocul Surf. 2020. PMID 32339665
  • Chamberlain P, et al. A 3-year randomized clinical trial of MiSight lenses for myopia control. Optom Vis Sci. 2019. PMID 31343513
  • Lawrenson JG, et al. Interventions for myopia control in children: a living systematic review and network meta-analysis. Cochrane Database Syst Rev. 2025. PMID 39945354
  • Schornack MM. Scleral lenses: a literature review. Eye Contact Lens. 2015. PMID 25536528

Cet article a une visée informative et ne remplace pas une consultation médicale. Les indications, les bénéfices attendus et les risques dépendent de chaque situation individuelle. Pour toute question concernant votre vision, consultez un ophtalmologiste.

Rédigé et relu par le Dr Moïse Tourabaly, ophtalmologue chirurgien réfractif — ancien chef de clinique (CHNO des Quinze-Vingts).

Dernière mise à jour : 10 octobre 2026

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